L'Ukraine : le pays qui m'a vue avant que je ne le voie
Il y a des liens qui ne s’expliquent pas. Des pays qui vous reconnaissent avant même que vous ne sachiez les nommer. L’Ukraine est entrée dans ma vie comme une évidence silencieuse, un fil ancien qui n’a cessé de se révéler au fil des années.
Voici l’histoire intime d’un pays qui m’a vue avant que je ne le voie, et qui continue, malgré la guerre, à éclairer ma route.
1. Un lien qui m’a précédée
Il y a des pays que l’on choisit.
Et puis il y a ceux qui vous choisissent.
L’Ukraine, pour moi, n’a jamais été un projet, ni un sujet d’étude.
C’est un fil qui s’est glissé dans ma vie sans prévenir. Un fil discret mais tenace, qui a fini par tisser quelque chose de plus vaste que moi.
Je n’ai jamais décidé d’aimer ce pays.
C’est arrivé.
Simplement.
Silencieusement.
Comme une évidence trop ancienne pour être expliquée.
Pendant longtemps, je n’ai rien su nommer à ce sujet.
Je me contentais de ressentir.
2. L’enfance : la première reconnaissance
J’avais huit ans.
Un âge où l’on ne comprend pas tout, mais où l’on ressent énormément.
À la maison, nous avions un disque de chants traditionnels ukrainiens. J’avais été très attirée par la photo de sa pochette : de jeunes femmes portant une vyshyvanka, ces chemises brodées traditionnelles, et arborant une couronne de fleurs.
J’aimais écouter ce disque en boucle.
Evidemment, je ne comprenais pas un mot de ce qui était dit.
Pourtant, quelque chose en moi s’est ouvert, comme si une porte invisible s’était entrebâillée.
Un pays totalement étranger, et pourtant… terriblement familier.
Un écho sans origine.
Un « déjà-là » sans explication.
Avec le recul, je me dis que ce n’était peut-être pas un hasard.
Mon grand‑père, Alexandre, dont je porte le prénom, avait vécu une histoire d’amour avec une Ukrainienne pendant la guerre.
À l’époque, j’en ignorait tout… Mais aujourd’hui, je me demande si ce n’était pas déjà une « racine » de ce qui me lie à ce pays.
3. L’errance intérieure
J’ai longtemps eu l’impression de n’être à ma place nulle part.
C’est une sensation difficile à expliquer à ceux qui ne l’ont jamais vécue : ce n’est pas une douleur franche, mais une sorte de flottement permanent, un léger décalage entre soi et le monde.
Comme si tous les autres avançaient sur un chemin balisé, et que moi, je marchais à côté, sur un sentier invisible que personne d’autre ne voyait.
Je me sentais trop sensible, trop intense, trop lucide parfois.
Trop “ailleurs”.
Je pouvais m’adapter facilement à tout et à tous, mais nulle part je ne me sentais vraiment chez moi.
J’avais l’impression d’être une invitée dans ma propre vie, de jouer un rôle qui n’était pas tout à fait le mien.
Cette errance n’était pas seulement géographique.
Elle était intérieure.
Une sorte de nostalgie sans objet, de manque sans nom.
Comme si quelque chose m’attendait quelque part, mais que je ne savais ni où, ni quoi, ni qui.
![]() |
| Photo : © Mick De Paola |
J’ignorais encore que ce sentiment allait trouver un miroir ailleurs.
J’ignorais que cet “ailleurs” serait un pays que je n’avais jamais vu, mais qui, étrangement, semblait déjà me connaître.
J’ignorais que cette sensation de décalage n’était pas un défaut, mais un appel.
Un appel vers un lieu, une culture, une lumière qui allaient, un jour, me reconnaître.
4. La rencontre avec la culture ukrainienne moderne
Et puis un jour, bien plus tard, au détour de l’écriture d’un poème, j’ai découvert Okean Elzy et l’univers de Sviatoslav Vakarchuk.
Son intensité.
Cette manière de dire la vérité sans détour, mais sans dureté.
Cette lumière qui traverse même les chansons les plus mélancoliques.
J’ai commencé à écrire à ce sujet, à traduire les textes, à partager.
Sans intention.
Sans stratégie.
Juste parce que ça me dépassait.
J’ai créé un blog en anglais.
J’ai raconté ce que je ressentais.
J’ai essayé de faire connaître cet univers en France et dans le monde entier.
Je ne savais pas que j’étais en train d’ouvrir une porte, pour Okean Elzy, mais aussi pour moi.
Et puis il y a eu cette rencontre, fondatrice, silencieuse, évidente, avec un Ukrainien.
Je n’ai pas besoin d’en dire plus.
Juste que cette rencontre a mis une lumière sur quelque chose que je portais déjà.
Un miroir.
Un choc intérieur.
Une reconnaissance.
5. "Okean of Emotions" : ce que j’écrivais déjà en 2014
En 2014, j’ai écrit sur mon blog en anglais dédié à Okean Elzy un article intitulé « Why a French fan created Okean of Emotions ».
Je ne le savais pas encore, mais c’était un texte fondateur.
J’y racontais que tout avait commencé quand j’avais huit ans, avec ce disque ukrainien que j’écoutais en boucle.
Que je ne comprenais rien, mais que je ressentais tout.
Que j’étais tombée amoureuse des langues slaves, de leurs sons, de leur souffle.
Que j’avais donné un prénom ukrainien à ma fille, Oxana, sans vraiment savoir pourquoi.
Que je m’étais mise à traduire les textes de Vakarchuk parce que je ne pouvais pas garder cette poésie pour moi. Qu’il me fallait impérativement la partager.
Et j’ai écrit cette phrase : « C’est une vieille histoire d’amour avec l’Ukraine, mais je ne m’en suis rendu compte que récemment. »
C’était la première fois que je reconnaissais ce fil invisible.
La première fois que j’admettais que ce lien n’était pas nouveau : il était ancien, enfoui, patient.
Ce blog, que j’avais créé pour partager une musique, m’a en réalité permis de retrouver une part de moi.
6. La première vidéo : oser chanter en ukrainien
Il y a un moment, apparemment anodin, qui a tout changé.
Un moment que je n’avais pas prévu.
Une vidéo.
La première où j’ai osé chanter en ukrainien. C’était en 2013.
Je l’ai faite par défi, presque comme une blague (mais avec sérieux), pour ma fille Oxana.
C’était sa chanson préférée d’Okean Elzy.
C’était aussi la seule dont j’avais trouvé une traduction en anglais, et le texte me parlait profondément.
Et puis, au fond, je rêvais de chanter en ukrainien depuis l’enfance. Il était grand temps !
A l’époque, je ne parlais pas un mot de la langue.
J’avais un accent improbable.
Mais j’ai chanté.
Et quelque chose s’est ouvert en moi.
Je me souviens de mon père qui m’a dit : « Je ne comprends rien, mais cette langue te va si bien ! Et cette chanson… elles est écrite pour toi ! »
Je me souviens des Ukrainiens qui l’ont aimée.
De certains qui me disaient l’écouter en boucle.
Je me souviens de mon fils, si fier de dire que je chante en ukrainien, partageant la vidéo à toutes ses nouvelles connaissances.
Et puis il y a eu ce moment que je n’oublierai jamais.
Mars 2014.
La Russie venait d’envahir la Crimée.
Sur le réseau social du fan-club officiel, où Ukrainiens et Russes se côtoyaient, un silence assourdissant s’était installé.
J’ai osé partager cette vidéo.
Comme une plaisanterie.
En m’excusant pour mon accent.
Pendant des heures : rien.
Puis, soudain, des compliments.
Des messages chaleureux.
Des remerciements.
Et ce message privé, venu d’une Ukrainienne, professeur de langues à Kiev :
« Votre vidéo nous a ramenés à l’essentiel.
Nous réalisons que nous avons plus de points communs que de différences.
Vous faites plus pour la paix qu’aucun des politiques de ce monde. »
J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps.
Je n'avais fait que ce que je ressentais le plus juste. L'envie de partager la musique, celle qui nous rassemblait là. L'envie aussi, d'apporter un peu de légèreté au milieu de toute cette tension que je ressentais, en apportant un peu d'humour à mon commentaire "Désolée pour mon accent déplorable !"
![]() |
| Photo : © Anastasia Pivnenko |
En découvrant mes traductions, elle a ajouté :
« Vous comprenez Vakarchuk mieux que certains Ukrainiens eux-mêmes.
C’est évident : Votre âme chemine à côté de la sienne, dans notre pays. »
Ce jour-là, quelque chose s’est scellé.
7. Une petite fille, la scène, et le soir où tout a basculé
Il y a un autre moment, encore plus fort, encore plus fragile qui est révélateur.
Un moment dont je suis fière plus que de n’importe quoi d’autre.
À l’époque, j’étais en charge d’Okean Elzy France, le lieu où je partageais en français des informations sur l’actualité du groupe. Une communication officielle assez officieuse (à l’ukrainienne, quoi !) Je faisais le lien entre les fans francophones et le groupe.
Et puis un jour, j’ai reçu un message : une petite fille atteinte d’un cancer rêvait de chanter sur scène avec son idole, Sviatoslav Vakarchuk.
Je ne savais pas si c’était possible.
Je ne savais même pas si j’avais le droit d’essayer.
Mais j’ai tenté.
J’ai écrit.
J’ai insisté.
J’ai espéré.
Le soir du concert, je ne savais toujours pas si ça allait se faire.
Il y avait en moi une tension presque insoutenable.
J’avais l’impression de porter le monde entier dans ma poitrine.
Et puis…
Elle est montée sur scène.
Elle a chanté.
Avec lui.
Avec une force, une lumière, une innocence qui ont traversé toute la salle.
Elle a chanté en français ma traduction de cette chanson de Vakarchuk…
J’avais l’impression de vivre un rêve éveillée.
Je n’ai pas cessé de pleurer pendant toute la durée de ce magnifique duo.
Pas des larmes de tritesse.
Des larmes de vérité.
De celles qui lavent quelque chose en vous.
Quelques mois plus tard, j’ai appris que cette petite fille avait guéri.
Aujourd’hui, elle est devenue une magnifique et merveilleuse jeune chanteuse.
Et je me dis que, si j’ai servi à quelque chose dans ma vie, c’est peut-être à ça.
À cette passerelle fragile mais réelle entre un rêve et sa réalisation.
À cette passerelle qui mème à voir triompher la lumière, la vie.
Merci encore à Sviatoslav Vakarchuk et à son équipe d’avoir permis à ce moment d’exister. Je ne peux l’oublier.
Merci encore d’avoir perçu ce que cela représentait.
Merci encore d’avoir ouvert cette porte.
C’est aussi ce soir-là que j’ai rencontré Sviatoslav Vakarchuk.
Et quelque chose en moi a alors compris que ce pays, cette culture, ces gens… ce n’était pas un hasard.
8. La reconnaissance ukrainienne
À partir de là, tout a pris une autre dimension.
Régulièrement, lors d’échanges toujours curieux et chaleureux, des Ukrainiens finissaient par me dire que mon âme était ukrainienne.
Je souriais toujours, un peu gênée, mais surtout très touchée.
Car je sentais que ce n’était pas une flatterie.
C’était une reconnaissance.
Mon travail artistique a lui aussi été accueilli dans ce pays avec une chaleur que je n’avais jamais connue ailleurs.
Mes poèmes, mes chansons, mes textes…
Et puis cette reprise en français de « Deux couleurs - Два кольори», mise en valeur par le ministère des Affaires étrangères en Ukraine…
Je n’avais rien demandé.
Je n’avais rien cherché.
J’avais juste suivi un fil.
Et ce pays, d’une manière que je ne m’explique toujours pas, m’a alors reconnue.
9. « Lumières d’Ukraine » : donner une forme à ce lien
En mars 2026, j’ai lancé « Lumières d’Ukraine ».
Ce projet n’est pas né d’une stratégie, ni d’une ambition, ni d’un plan.
Il est né d’une nécessité intérieure.
D’un besoin de donner une forme à ce lien qui m’accompagne depuis l’enfance, de lui offrir un espace où il pourrait respirer, s’incarner, se transmettre.
« Lumières d’Ukraine », c’est un geste.
Un geste de gratitude, de fidélité, de transmission.
Un geste pour dire :
“Ce pays m’a donné quelque chose.
Je veux, à ma manière, lui rendre un peu de cette lumière.”
J’ai voulu créer un lieu où l’on pourrait découvrir l’Ukraine autrement :
à travers ses voix, ses livres, ses artistes, ses symboles, ses couleurs, ses récits.
Un lieu où l’on pourrait sentir ce que j’ai senti :
la profondeur, la dignité, la douceur, la force tranquille de ce peuple.
Je n’ai jamais voulu parler “à la place de”.
Je n’ai jamais voulu m’approprier quoi que ce soit.
Je voulais juste ouvrir des portes.
Créer des ponts.
Faire circuler des voix qui méritent d’être entendues.
Et, d’une certaine manière, « Lumières d’Ukraine » m’a aussi permis de me reconnaître moi-même.
De comprendre que ce lien n’était pas un hasard, ni une lubie, ni une passion passagère.
C’était un axe.
Une direction intérieure.
Une fidélité ancienne qui, enfin, trouvait sa forme.
10. Un projet inattendu : quand l’Ukraine me répond
Et puis, récemment, quelque chose de fort est arrivé.
Quelque chose que je n’attendais pas.
Quelque chose qui m’a bouleversée.
Je pèse mes mots…
Une proposition de collaboration franco‑ukrainienne.
Je n’en dirai rien, ni le quoi, ni le qui. Cela viendra en son temps.
Je peux juste dire que c’est venu d’une personne dont j’admire profondément le travail et la posture.
Quelqu’un qui incarne exactement ce que j’aime dans l’Ukraine : la dignité, la lumière, la profondeur, la vérité.
Et cette proposition est arrivée au moment précis où je venais de lancer « Lumières d’Ukraine ».
Au moment de l’anniversaire d’une rencontre décisive dans ma vie.
Au moment où je doutais, où je me demandais si j’avais encore le droit de parler de ce pays.
J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps (contrairement à ce que pourriez penser, c'est très rare... 😂 mais, en général, c’est à l’Ukraine que je le dois).
Parce que j’ai eu l’impression que l’Ukraine me reconnaissait.
Qu’elle me répondait.
Qu’elle m’appelait.
Comme si tout ce chemin intérieur trouvait soudain un écho extérieur.
11. La guerre : la pudeur, la peur, la distance
Depuis février 2022, la guerre est revenue.
Plus vaste.
Plus brutale.
Plus longue.
Et tout s’est compliqué.
![]() |
| Photo : © Jade Koroliuk |
J’ai eu, et j’ai encore, peur.
Peur de mal dire.
Peur de blesser.
Peur de continuer à parler d’un pays où je ne vis pas, alors que ceux qui y vivent traversent l’indicible.
Peur de ne pas être légitime.
Peur d’être déplacée.
Le syndrome de l’imposteur, mais version géopolitique.
J’ai senti une distance.
Pas une rupture.
Une pudeur.
Comme si je devais marcher plus doucement, parler plus bas, écouter davantage.
Je ne voulais pas trahir.
Je ne voulais pas simplifier.
Je ne voulais pas m’approprier ce qui ne m’appartient pas.
12. Ce que dit ma biographie… et ce qu’elle ne dit pas
Il y a quelques temps, j’ai posté ici une biographie “officielle”.
Elle dit que je suis poète, traductrice, lauréate d’un prix, membre de la SACEM.
Que j’ai créé le premier blog en anglais consacré à Okean Elzy.
Que j’ai assuré leur communication francophone.
Que je traduis des chansons ukrainiennes.
Que j’ai lancé mon projet « Lumières d’Ukraine ».
Elle dit aussi que j’ai publié un recueil de poèmes, « Dans le cœur du poète ».
Je l’ai écrit avant la guerre, mais en le relisant aujourd’hui, je comprends qu’il portait déjà cette lumière ukrainienne.
Une manière de dire le monde avec douceur, intensité, vérité.
Une manière de chercher la beauté même dans les failles.
Je crois que ce livre était déjà une réponse à ce pays, avant même que je sache que je lui répondais.
Tout cela est vrai.
Mais ce n’est pas l’essentiel.
Ce que cette biographie ne dit pas, c’est la part intime.
La part inexplicable.
La part qui ne rentre pas dans un CV.
Elle ne dit pas que l’Ukraine m’a reconnue avant que je ne le comprenne.
Elle ne dit pas que ce pays a été pour moi un miroir, un refuge, une maison intérieure.
Elle ne dit pas que chaque traduction était une manière de respirer.
Elle ne dit pas que chaque chanson était une manière de revenir à moi.
Elle ne dit pas que chaque rencontre ukrainienne était une évidence.
Aujourd’hui, je crois que ce texte, celui que vous lisez, est la biographie que je n’avais jamais osé écrire.
La version vraie.
La version intérieure.
13. Comment continuer à parler de l’Ukraine aujourd’hui
En 2022, j’ai décidé de reverser mes droits d’auteur à l’Ukraine.
C’était un geste simple, presque instinctif.
Une manière de dire : « Je suis là. Je vous dois quelque chose. Je veux contribuer, même modestement. ».
Ce geste m’a semblé naturel, comme si ce pays m’avait tant donné qu’il était évident de lui rendre un peu de ce que j’avais reçu.
![]() |
| Photo : © Tina Hartung |
C’était pour moi essentiel. Et je continue à aider de mon côté, à ma manière et aussi souvent que possible.
Parce que je sais désormais une chose : c’est que tant qu’on parle des Ukrainiens et de leur culture, c’est qu’ils sont vivants.
Tant qu’on transmet leur musique, leur poésie, leur lumière, on rappelle qu’ils ne sont pas qu’une guerre.
Qu’ils ont une identité, des racines, une beauté qui précède et dépasse la violence.
Je ne parle pas de stratégie militaire.
Je ne parle pas de géopolitique.
Je ne parle pas de ce que je ne sais pas.
Je parle de lumière.
De culture.
De mémoire.
De ce qui reste quand tout brûle.
De ce qui fait tenir un peuple.
Je parle avec eux, pas à leur place.
Et c’est une mission qui m’est chère.
14. Conclusion : un pays qui m’a reconnue
Je ne suis pas Ukrainienne.
Je n’ai jamais prétendu l’être.
Mais une part de moi, une part que je ne peux pas expliquer, se trouve là-bas.
Et ce pays, d’une manière mystérieuse et douce, m’a reconnue avant que je ne le comprenne.
Alors oui, je continue à parler de l’Ukraine.
Avec pudeur.
Avec respect.
Avec cette lumière qui me relie aux Ukrainiens depuis si longtemps.
Parce que parfois, ce n’est pas nous qui choisissons un pays.
C’est un pays qui nous reconnaît.
- AleXa -










Commentaires
Enregistrer un commentaire
Votre commentaire m'intéresse ! Merci par avance pour les quelques mots que vous laisserez ici. AleXa