"Volia" - Anastasia Fomitchova, un récit de vie
Il y a des livres qui ne se lisent pas seulement : ils vous déplacent intérieurement. "Volia" fait partie de ceux-là. On y entre par un mot (qui dit tout à la foi la volonté et la liberté) et l’on découvre une force qui traverse les êtres comme un courant souterrain. En suivant Anastasia Fomitchova sur la ligne de front, j’ai été frappée par cette endurance silencieuse, cette dignité qui persiste même au cœur du chaos. Ce témoignage dit l’Ukraine de l’intérieur, mais il dit aussi quelque chose de plus universel : ce qui reste debout en nous quand tout vacille alentour.
« Volia » est l’un de ces mots ukrainiens qui ne se laissent pas enfermer dans une seule définition. Il dit à la fois la volonté et la liberté, et dans ce double mouvement, il ouvre un espace intérieur.
C’est d’abord la volonté : une détermination calme, presque silencieuse, mais inébranlable. Une force morale qui ne s’impose pas, qui ne s’exhibe pas, mais qui avance, qui tient, qui ne renonce pas.
C’est aussi la liberté : pas celle, abstraite, des slogans politiques, mais une liberté essentielle, viscérale, qui ne peut être confisquée, même sous la contrainte. Une liberté qui circule, qui traverse, comme l’eau qui échappe des mains.
Depuis 2014, et plus encore depuis 2022, « Volia » a pris une dimension nouvelle. Il est devenu un mot-refuge, un mot-boussole. Il incarne la liberté comme droit vital, l’exact contraire de la soumission. Il porte l’endurance intérieure de tout un peuple, cette capacité à rester debout malgré la violence, la perte, l’exil, la fatigue. Il désigne ce qui demeure intact : la dignité, la fidélité à soi, la capacité de choisir.
Pour Anastasia Fomitchova, « Volia » est un appel, viscéral. Quelques jours après l’invasion de grande ampleur, elle quitte la France, sa mère, ses amis, ses études, pour retourner en Ukraine. Elle s’engage comme « medic » sur la ligne de front, un rôle qu’elle connaît déjà pour avoir opéré dans le Donbas, mais qui prend ici une ampleur vertigineuse.
Être medic, c’est stabiliser les blessés sous le feu (gérer les hémorragies et les traumatismes), coordonner les évacuations, mais aussi soutenir psychologiquement les soldats, tenir pour eux, tenir avec eux. C’est être le point d’ancrage humain dans un environnement où tout vacille.
À travers l’histoire de sa famille, Anastasia nous conte aussi celle de l’Ukraine : les fractures, les héritages, les fidélités, les blessures anciennes et nouvelles. Elle offre des points de vue multiples, toujours incarnés, toujours éclairants.
Mais ce qui traverse surtout son récit, c’est l’expérience brute de la guerre : les blessés, les morts, la perte fréquente des collègues, la nécessité de garder une distance émotionnelle pour survivre, la difficulté de « débrancher » même loin du front, le mur qui se construit parfois avec ceux qui vivent la guerre autrement (civils, diaspora, amis à l’étranger).
Son témoignage est à la fois intime et historique, fragile et puissant.
C’est un livre nécessaire, pour elle (qui dit clairement son besoin de transmettre aux générations futures) et pour nous, lecteurs, qui pouvons tenter d’approcher, un peu, l’inénarrable.
À noter que cet ouvrage a remporté le Prix André Malraux de la littérature engagée.
Au cœur du feu qui tombe et du ciel qui vacille,
Volia se lève, douce, obstinée, fragile.
Anastasia avance, portant vies et blessures,
Gardienne d’un espoir que la guerre fissure.
Et dans la nuit qui gronde, un seul mot la conduit :
La liberté qui tient, même au bord de la nuit.
- AleXa -
Quelques mots à propos de l'autrice :
Née à Kyiv et élevée en France, Anastasia Fomitchova est docteure en science politique et ancienne medic du bataillon des Hospitaliers. Revenue sur le front en 2022, elle vit aujourd’hui à Kyiv où elle enseigne et s’engage pour l’intégration européenne de l’Ukraine. Volia est son premier livre.
Quelques citations :
"Nous avons choisi un autre destin. Et depuis la première invasion de notre territoire, en 2014, nous luttons. Nous nous battons avec cette volia, cette force nourrie de l'amour que nous portons à notre pays, à notre liberté. Plus jamais nous ne permettrons à une puissance étrangère de nous contrôler."
"Ma peur est contenue par une froide détermination, la certitude que si nous ne battons pas, tout ce que nous connaissons sera anéanti. Et après tout, s’il faut mourir, autant mourir en uniforme, en défendant ma ville."
"A la guerre, on oublie vite les grandes explications. Les discours ne résistent pas à la violence des obus, à l'imminence de la mort. La guerre se passe aisément du luxe des apparences, il n'y a personne à impressionner."


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